Le paradoxe du temps
Comprendre nos 3 rythmes pour sortir de l'enfer du constant manque de temps.
Aux abonnés qui ont rejoint l’Oasis ces dernières semaines, welcome dans le camp de base des entrepreneur·es et dirigeant·es de l’impact !
Ici, on s’offre ensemble tous les 2 mois une respiration dans la tempête entrepreneuriale. 20 minutes d’exploration et d’éclairages concrets pour traverser la complexité d’une vie de dirigeant·es dans le secteur de l’impact positif. Pour ce faire, on file la métaphore du désert et on apporte… de l’eau à vos quotidiens saturés. 💧
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Au seuil
Si vous n’avez que 2 minutes
Pour cette première édition, nous avons choisi de nous aventurer sur un terrain familier et pourtant rarement exploré : notre perception du temps. Nous traversons nos vies professionnelles et parfois nos vies personnelles avec l’impression lancinante que le temps n’en finit pas de manquer.
Plutôt que de partir à la course du temps, nous proposons d’observer ce phénomène avec une question un peu décalée : “Et si ce n’était pas le temps qui manquait, mais la façon dont nous l’habitions qui posait problème ?”
Dans cette missive, nous vous proposons d’explorer :
La tension : pourquoi le temps semble-t-il continuer à nous filer entre les doigts, malgré les optimisations constantes de nos agendas ?
La piste : zoom sur la lutte entre les 3 rythmes que nous faisons cohabiter et sur le deuil nécessaire du temps que nous souhaiterions avoir, avec l’experte du sujet Aurore Vincenti.
Les ressources : 2 pratiques pour sortir de notre rapport problématique au temps et l’habiter plus sereinement.
Le partage : entretien avec Thomas Comtet, fondateur et dirigeant de Trouve Ta Voix, qui a cessé de voir le temps comme un adversaire.
Les pépites : quelques idées pour aller plus loin et un peu de poésie pour finir doucement.
La tension
Le mirage du constant manque de temps
Il existe une étrange équation dans la vie de dirigeant·es d’une structure à impact : plus le sens de la mission est fort, plus les journées se remplissent. Alors nous optimisons. Nous accélérons. Nous réorganisons notre agenda comme un Rubik’s Cube en perpétuel mouvement. Nous auscultons toutes les méthodes en vogue - timeboxing, no meeting, pomodoro, eat the frog - pour dompter le temps qui court. Et pourtant, quelque chose résiste. Malgré tous nos efforts, les journées semblent rétrécir comme peau de chagrin.
Pourquoi, alors que nous apprenons à optimiser pour accélérer, avons-nous toujours l’impression d’avancer à contretemps ? Et si nous cherchions à ajuster le calendrier… alors que la véritable marge de manoeuvre se situait ailleurs ? Et si la question n’était pas : “Comment gagner du temps ?”mais plutôt “Comment transformer notre rapport au temps ?”
Ce mirage du “manque de temps” ne demande peut-être pas tant une meilleure organisation, mais plutôt une autre manière d’habiter ses journées. Une curiosité pour ce qui, en nous, rétrécit ou agrandit le temps.
Un changement de regard bienvenu pour traverser sereinement la vie de dirigeant·es, dans la durée.
C’est cette exploration-là que nous vous proposons aujourd’hui.
La piste
L’horizon nécessaire pour une autre vision du temps
Aurore Vincenti, autrice et chercheuse formée aux pratiques somatiques, est coach sur le programme Oasis de Ticket for Change, sur lequel elle accompagne les dirigeant·es notamment dans le sujet épineux du rapport au temps qui file.
Elle nous partage une autre vision de notre rapport au temps - à découvrir en format audio ou en lisant le résumé.
Pourquoi notre rapport au temps est-il aussi empreint de stress ?
À retenir de cet audio :
Il est normal de ne pas toujours vivre sereinement son rapport au temps, notamment lorsqu’on est responsable d’une structure, et d’autres personnes que soi : on observe alors les conséquences sur soi et sur les autres directement liées au manque de temps, et celui-ci se charge donc d’une sensation de gravité.
En effet, la perception du manque de temps, et la pression liée à un agenda qui déborde, met le corps dans un état de stress tel qu’il envoie des signaux de danger liés à ce débordement.
Mais d’où vient la sensation d’être toujours en train de manquer de temps ?
Cette sensation vient d’une lutte constante entre 3 rythmes qui s’entrechoquent dans notre quotidien :
Celui des 24h, la norme qui rythme nos journées
Celui imposé par une société néo-libérale, qui enjoint à la productivité constante
Celui correspondant à ses besoins individuels, qui est propre à chacun et chacune
Ces injonctions étant paradoxales, notre rapport au temps peut donc difficilement être serein : le fait de “mieux gérer son temps” implique une lutte individuelle contre un système global.
Renoncer à l’archétype du dirigeant héroïque
À retenir de cet audio :
Puisque le rapport au temps implique une lutte, il implique également un deuil. Le deuil du temps que, dans un monde idéal, nous souhaiterions avoir.
Et également, par ricochet, le deuil du dirigeant ou de la dirigeante que nous souhaiterions être.
Cette image du dirigeant que nous souhaiterions être est souvent une image fantasmée, du leader capable de “gérer son temps”, c’est-à-dire, en fait, de réussir la performance surhumaine de concilier les 3 rythmes susnommés.
Un deuil nécessaire pour retrouver de la sérénité dans l’image que nous avons de nous-même en tant que dirigeant·e.
Les ressources
2 pratiques pour habiter notre temps différemment
À retenir de cet audio :
La méthode contre-intuitive
Au moment où l’on sent que nous sommes débordés, et que cela crée une sensation de panique (le fameux moment où le corps envoie les signaux de stress disproportionnés par rapport à la gravité réelle de la situation), nous vous proposons de prendre le tournant complètement contre-intuitif de “perdre” encore davantage de temps. 10, 20, 45 minutes même, pour aller faire une balade, du sport ou une sieste au soleil. En faisant exactement ce que nous ne “devrions” surtout pas faire, nous avons l’opportunité, ensuite, de nous poser la question : à quel point ce que je viens de faire était grave ? Est-ce que cette pause a réellement créé du danger ?
La méthode de la transition en conscience
Ménager un espace de transition permet de conscientiser que l’on passe d’un sujet à un autre, d’une tâche à une autre. Cette transition peut se symboliser par un geste, un rituel, une pensée, qui permet de symboliser et d’amener à notre conscience que l’on est en train de fermer un sujet, pour en ouvrir un autre. Cette méthode va permettre de se rendre disponible à ce qui vient tout en ayant “archivé” ce qui vient d’être fait, et donc de faire baisser concrètement le sentiment d’accumulation des tâches, et celui de manquer de temps.
Ces pratiques proposées ne sont pas, bien sûr, des solutions miracles : elles sont des changements doux qui peuvent être intégrés à un quotidien afin de modifier petit à petit notre perception du temps, et faire diminuer concrètement le sentiment d’urgence qui peut peser sur une vie professionnelle.
Le partage
Pour s’inspirer d’autres voyages
Quand le temps cesse d’être un adversaire : entretien avec Thomas Comtet, fondateur et dirigeant de Trouve Ta Voix
“J’avais l’impression d’avancer, mais plus je courais, plus je me perdais.”
Pendant longtemps, Thomas a cru que l’engagement passait par des sacrifices. Travailler tôt, tard, tout le temps. Tenir. Avancer. Jusqu’au moment où le corps a commencé à parler - fatigue persistante, perte de clarté, sensation d’être happé par ses propres journées. Ce n’est pas son agenda qu’il a fallu revoir, mais son rapport au temps lui-même. Dans ce témoignage, il raconte comment il a compris que l’urgence n’était pas toujours là où on le croit, et comment un autre rythme, plus habité, plus juste, a peu à peu émergé.
“J’ai compris que mon état interne - stress, fatigue, hyperactivation - déformait ma perception du temps. Tout devenait urgent, compressé, menaçant. Mettre des mots là-dessus, et en parler avec d’autres, m’a permis de sortir d’une lecture purement organisationnelle du problème. Ce n’était pas seulement une question d’agenda. C’était une question de régulation.”
Les pépites
À emporter pour continuer la traversée
Êtes-vous en manque de temps ou victime d’une illusion ? Dans cet épisode de Métamorphose Podcast, le mentaliste Fabien Olicard nous explique que ne pas avoir conscience de son temps est extrêmement énergivore.
6 minutes de vidéo au cordeau pour comprendre, avec Albert Moukheiber, psychologue clinicien et Docteur en neurosciences cognitives, pourquoi nous anticipons si mal le temps qu’il nous faut pour opérer une tâche.
Un essai majeur sur le temps qui nous raconte ce que l’accélération fait à notre rapport au monde, au sens, aux autres et à nous mêmes (spoiler : des dégâts) : “Accélération. Une critique sociale du temps" par Harmut Rosa.
Le programme Oasis : un parcours de 4 mois s’adressant à toutes personnes ayant des fonctions de direction dans une organisation à impact positif. L’objectif : retrouver de la clarté, de l’inspiration et de l’énergie pour vivre sereinement les défis de la vie de dirigeant·es et renforcer la durabilité de sa structure comme de son équipe. Les inscriptions sont ouvertes pour entamer le parcours fin avril 2026.
Un petit poème de Mary Oliver, dans sa version originale :
Do you have time?
Oh do you have time
to linger
for just a little while
out of your busy
and very important day
for the goldfinches
that have gathered
in a field of thistles
for a musical battle,
to see who can sing
the highest note,
or the lowest,
or the most expressive of mirth,
or the most tender?
Their strong, blunt beaks
drink the air
as they strive
melodiously
not for your sake
and not for mine
and not for the sake of winning
but for sheer delight and gratitude—
believe us, they say,
it is a serious thing
just to be alive
on this fresh morning
in the broken world.
I beg of you,
do not walk by
without pausing
to attend to this
rather ridiculous performance.
It could mean something.
It could mean everything.
It could be what Rilke meant, when he wrote:
‘You must change your life.’
~ Mary Oliver - (Red Bird, 2009)
Faire grandir l’Oasis
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